Câest grand car, pour un premier livre, jâai conscience que ce score est une petite victoire dans un marchĂ© de lâĂ©dition qui souffre. Entre 70.000 et 100.000 nouveaux titres sortent chaque annĂ©e. Tirer son Ă©pingle du jeu dans un tel univers nâest pas une mince affaire, surtout dans mon genre. LâenquĂȘte journalistique est une niche plĂ©biscitĂ©e par les passionnĂ©s dâactualitĂ©, de faits divers. La moyenne des ventes chez mes confrĂšres de renom sâĂ©tablit entre 2.000 et 4.000 exemplaires. Je suis donc heureux.
Mais câest finalement peu si je ramĂšne ce nombre de 5.000 Ă mon engagement depuis le 9 juillet 2023, date Ă laquelle jâai rĂ©vĂ©lĂ© la disparition dâĂmile au grand public. Des heures, des jours et des nuits entiĂšres, je nâai jamais cessĂ© de suivre ce dossier qui vous hante comme des millions dâautres Français. Parfois, je me demande si tout cela est bien nĂ©cessaire. Quotidiennement, je doute de mon utilitĂ©.
Je poursuis tout de mĂȘme car jâestime que le combat est Ă©galement beau. 5.000 livres vendus, câest sans doute 8.000 lecteurs touchĂ©s qui dĂ©couvrent mon travail, qui sâinforment et qui me font confiance. Câest la plus belle preuve de reconnaissance. Mes rencontres sont Ă©galement trĂšs belles. Margaux, Lise, Coralie, Estelle, Anissa, JĂ©rĂŽme ou mon ami Gabriel chez Fayard. De grands professionnels qui mâont permis de venir vous rencontrer, vous, mes lecteurs. De Riez Ă PĂ©riers, de Menton Ă Embrun, de Digne-les-Bains Ă Saint-Quentin, en passant par Sisteron, Toulon, Vence ou Gap, jâai profondĂ©ment aimĂ© nos Ă©changes, votre bienveillance. Jamais je ne pourrai oublier cela. Bien que le sourire cache parfois une abyssale tristesse.
Car oui, ce succĂšs est dâune tristesse infinie. Si ce livre existe, câest parce quâun enfant de deux ans et demi a disparu et quâil a Ă©tĂ© tuĂ© sans que lâon sache qui a pu lui faire du mal. Cette idĂ©e mâest insupportable. Je prĂ©fĂ©rerais que tout sâarrĂȘte maintenant, que sa mĂ©moire soit honorĂ©e et que ses parents, grands-parents, oncles et tantes puissent se reconstruire en paix. Donner une partie de mes maigres droits dâauteur Ă une association de protection de lâenfance Ă Digne nây changera rien : deux familles sont les victimes dâun tragique mystĂšre et de lâassaut mĂ©diatique qui en dĂ©coule.
Dans cette affaire, jâai tissĂ© des liens trĂšs forts avec de nombreux protagonistes. Et, humainement, je ne souhaite pas cesser dâapprĂ©cier ces gens que je respecte infiniment. Je vais donc continuer Ă faire mon mĂ©tier de journaliste, Ă vous informer du mieux que je le peux.
Lâaffaire Ămile est devenue lâaffaire de ma vie. Et vous mâaidez Ă y donner un sens.
Merci
Valentin