« Je vois passer Émile qui descend la rue du village d’un pas mal assuré. C’est la fin d'une chaude après-midi de ce début d'été, nous sommes assis sur notre terrasse à discuter en attendant la fraîcheur du soir. Quelques minutes plus tard Philippe est descendu et nous interpelle: « Vous avez vu Émile ? » « Oui il vient juste de passer » Quelques instants encore, puis Philippe remonte et nous lance : « Je ne le trouve pas ! » « Mais si voyons, il vient de passer » Nous nous levons pour chercher Émile avec Philippe, persuadés de le retrouver rapidement dans le village. »
Trois ans après les faits, si quelques souvenirs peuvent s'avérer brumeux, le principal reste intact dans sa mémoire. Lui c'est le second témoin oculaire, le dernier à avoir vu Émile vivant le samedi 8 juillet avant que l'enfant ne se volatilise. C'est la première fois qu'il accepte de revenir sur ce jour douloureux. « Nous n'arrivons toujours pas à comprendre ce qu'il s’est passé », explique son épouse qui était présente également avec son mari et sa mère sur la terrasse de leur maison, voisine de la résidence secondaire des grands-parents de l’enfant. « Entre le moment où je vois Émile puis son grand-père, le laps de temps est court, très court ... Comment un drame aurait-il pu se produire et être caché en si peu de temps sans laisser la moindre trace ? Cela semble chronologiquement difficile à concevoir », confie le témoin. Il peine à imaginer un accident de la route camouflé qui laisse des traces. Reste la piste éventuelle d’un rôdeur.
Il a bien vu Émile
L’homme est formel. De sa terrasse, il n'a vu descendre qu’Émile puis son grand-père dans la rue du Four. « En aucun cas, les oncles et les tantes comme évoqués dans certains articles ».
Le couple n'a rien oublié des premières heures après la disparition. La surprise, l'incrédulité puis l'angoisse. « Quand les gendarmes ont été appelés, ils nous ont demandé d'imprimer des cartes et de stabiloter les endroits qui avait été parcourus par les villageois avant leur arrivée », se souvient la femme. « Tous les villageois présents ont parcouru le hameau dans tous les sens. J'ai pris ma voiture avec l’oncle d’Émile, nous sommes descendu jusqu'au Vernet et avons parcouru toutes les routes et chemins carrossables autour du village ».
Les chiens ne marquent pas à l'église alors qu'Émile s'y est rendu
Les gendarmes arrivent avant 19h. Les premières battues sont organisées jusqu'à tard dans la nuit et les jours suivants, mobilisant des centaines de volontaires ainsi que de gros moyens matériels. « L'arrivée des chiens de recherche nous a redonné de l’espoir. Mais à notre grand étonnement, les chiens n'ont, à priori, pas relevé de traces devant l’église alors que la veille nous avions joué au ballon avec Émile et notre propre chien devant l'édifice. », s’étonne le couple. Selon mes informations, l'enfant s'était aussi rendu à l'église le matin même de sa disparition. La méthode et l’organisation des premières recherches posent aujourd’hui de légitimes questions aux yeux de nombreux villageois. Outre un sentiment de culpabilité qui l’attriste parfois, c’est surtout cette incertitude autour de la mort d’Émile qui mine le moral du couple. « Nous avons perdu notre insouciance. », reconnaît la femme. « Quand nos enfants étaient petits, nous sonnions une cloche pour les appeler afin qu’ils rentrent. Émile descendant seul dans la rue, cela n’avait rien d'alarmant. Depuis toujours les enfants circulent librement dans le hameau et ses environs dans la plus grande insouciance ». Qu’espère-il aujourd’hui ? « Qu'on trouve la vérité. C'est tout ce que l'on souhaite pour la famille et le village. », conclut le couple d’une seule voix.
Infos à retenir
1/ Il a bien vu Émile et ne l'a pas confondu avec un jeune oncle
2/ Le grand-père est descendu quelques minutes après Émile. Aucun oncle et aucune tante n'ont suivi
3/ Le grand-père est remonté quelques minutes après avoir descendu la rue. Il cherche Émile
4/ Lors des recherches, les chiens n'ont pas marqué la piste d'Émile à l'église alors que l'enfant s'y est rendu à deux reprises (vendredi soir et samedi matin)